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C'est dans un Sahara encore vert, un foyer innovateur de la pensée et des techniques, que les Protoberbères bovidiens apparaissent, bénéficiant des derniers millénaires humides qui verdissent encore cette vaste région.
Les plus anciens témoignages de la Berbérité sont donc des images, des fresques peintes et gravées datant des derniers millénaires de la préhistoire. La paléoclimatologie, les sites archéologiques et la faune sauvage reproduite
par les peintures et les gravures montrent que le Sahara des Protoberbères se partageait entre la savane et la brousse, un paysage sur lequel régnait un climat de type sub-tropical, qui va, néanmoins, assez vite s'assécher. 
L'art rupestre et les ossements animaux découverts en fouille permettent de reconstituer toute une faune sauvage :
éléphants, girafes, autruches, antilopes oryx et gazelles. Si le fleuve du Tafessasset avait gardé ses eaux, le désert n'aurait pas investi le Sahara : il serait devenu le Nil des Protoberbères dont le destin aurait été différent de celui d'avoir à lutter sans relâche pour la survie. Ils sont les riches héritiers de ce prodigieux progrès humain que fut la civilisation néolithique du Sahara, une des plus anciennes du monde, aussi ancienne et innovatrice que celle du fameux croissant fertile au Moyen- Orient. Quand, il y a 7 000 ans, les aristocrates protoberbères habillés de leurs beaux atours occupaient le Sahara, pendant que le nord de l'Europe découvrait à peine la poterie et l'Egypte n'était ni le territoire unifié, ni le pôle fondateur qu'elle deviendra deux milles ans plus tard. Comparés aux autres grandes ethnies de ce Sahara préhistorique, ces Protoberbères dénotent, car ils ne donnent pas l'impression de simples communautés de pasteurs-chasseurs, mais d'une véritable société construite autour d'usages, de conventions et de valeurs visiblement élaborés. Dans leur art, les signes extérieurs de l'abondance ne peuvent tromper: C'est un peuple civilisé comme le manifeste le soin apporté à la coiffure, au vêtement et à la parure, l'élégance de la pose et du geste, la qualité des relations humaines dominées par un haut niveau de convivialité où les scènes de palabres prennent l'allure de cérémonies de cour: On peut considérer leurs peintures comme l'un des points culminants de l'art rupestre saharien.

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Enfin, ces images préfigurent le statut privilégié de la femme touarègue. La société protoberbère était déjà constituée de plusieurs groupes se différenciant par la manière de se coiffer de s'habiller et se peindre le corps et peut-être même de parler le berbère avec chacun ses particularismes. Elle se différenciait également par des traditions funéraires diversifiées, chaque groupe ayant son type de sépulture et de monument cultuel.
L'art préhistorique de cette Berbérité naissante révèle déjà une des caractéristiques de cette ethnie: une inclination à la valeur guerrière et à la noblesse, étroitement liées au prestige social. On peut imaginer sans beaucoup se tromper que ce peuple était déjà porté par une valeur fondamentale: le code de I'honneur: C'est avec les Protoberbères que va se mettre en place l'appareil social et idéologique qui génèrera la civilisation paIéo-berbère puis la civilisation touarègue comme en témoignent les thèmes privilégiés de leurs fresques et le gigantisme de leurs monuments funéraires. Les Protoberbères bovidiens sont essentiellement des pasteurs qui élèvent des boeufs (d'où leur nom), des chèvres et des moutons. Ils excellaient à la chasse. Seminomades, leurs habitats étaient diversifiés : courtes haltes quotidiennes autour d'un foyer, vastes abris-sous-roche réoccupés à chaque saison, campements de plein air avec des cases pour un plus long séjour. Ils confectionnaient des nattes qu'ils utilisaient comme velum de leurs cases de forme circulaire. Des peintures rupestres représentent des femmes protoberbères mettant en place ces cases exactement avec les mêmes matériaux et les mêmes gestes que les femmes touarègues d'aujourd'hui. La cueillette était un important appoint dans leur alimentation, notamment celles des graminées sauvages dont ils faisaient une abondante consommation. Disposant de vastes champs de graminées faciles à cueillir ces hommes bien que connaissant l'agriculture, ne semblent guère y avoir eu recours, car les traces de ces activités sont très ténues dans les fouilles archéologiques (pollens, graines).

Le quotidien de ces Protoberbères n'était pas fait que de corvées: ils avaient leurs loisirs, leurs jeux; il pratiquaient
des cérémonies et des rituels que l'on retrouve, pour certain d'entre eux et de manière identique, dans les Touarègues.                                                 

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Femme gravée

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