Touareg Tendé danse, Agadez, Niger 01

Les Protoberbères ont un art très dynamique et libre : l'agitation des campements, les compositions très animées de
rencontres et de palabres, de chasses très mouvementées, de divertissements, danses et jeux acrobatiques, les
scènes d'échange de plumes -un geste d'hospitalité et de courtoisie, ou une sorte de reconnaissance de statut- les
réunions animées de palabres et de discussions, le défilé des troupeaux sous la houlette du berger... Tout est toujours et partout en mouvement.
Les femmes protoberbères ont des formes opulentes et sont très élégantes. On les voit installer le campement,
recevoir les hôtes d'importance et leur proposer de se désaltérer; elles ont la responsabilité du troupeau et de la
traite et elles participent à la chasse. Elles sont le plus souvent vêtues d'une robe, avec, parfois, dessous, un pantalon sur cette robe, elles portent une peau de bête nouée autour de la taille. Cette peau prendra une importance majeure avec les Paléoberbères de j'Antiquité. Hérodote, historien grec qui écrit au Ve siècle avant j.-C., nous apprend que les Grecs ont emprunté aux femmes libyennes la peau de chèvre, sans poils et teinte en rouge, et qu'ils en ont fait l'égide de la déesse Athéna. Cette égide annonce un autre vêtement, ce pan de tissu que les femmes de certains groupes berbères nouent, aujourd'hui encore, autour de la taille et que l'on appelle "fotta" chez les kabyles (Algérie). La linguistique confirme que la racine berbère RYD " chevreau " est peut-être à l'origine du mot grec " égide " (aigis, aigidos], "peau de chèvre", attribut de la déesse Athéna (S.Chaker).

Les hommes protoberbères sont fins et élancés. Ils vont souvent torse nu, une jupe pagne touchant aux genoux, parfois fendue sur le devant. Ils portent aussi une peau de bête autour des reins, ou attachée plus haut, au niveau des épaules, comme une cape. Ces capes manteaux ont parfois un capuchon et on pense, immédiatement, au "burnous" de nos Berbères montagnards. C'est exactement ce vêtement, confectionné dans du cuir, que portaient, il n'y a pas longtemps encore, les Touaregs de L'Air: II existe des habits bien plus riches et élaborés, avec foison de volants, festons, effilochures,passementeries, d'accessoires divers accrochés ça et là, une richesse vestimentaire qui est celle des tenues d'apparat. 

jeunes peuls

femmes touaregues

Les hommes et les femmes portaient des toques garnies de plumes quand celles-ci n'étaient pas fixées dans les cheveux.C'est avec les Protoberbères qu'apparaît pour la première fois un trait culturel fondamental que nous n'hésitons pas à considérer comme le plus ancien témoignage de l'identité ethno-culturelIe berbère au Sahara, un trait que les Touaregs ont conservé. Il s'agit du port du double baudrier: il s'agit de deux cordons croisés sur la poitrine, puis attachés autour de la taille. Chez les Touaregs, on les nomme les elmejdûden (en tamâhaq) : le baudrier croisé symbolise l'action et la valeur guerrière et était appelé "cordon de noblesse" par les explorateurs et militaires européens du XIXe siècle.C'est avec les descendants des Protoberbères bovidiens, les Paléoberbères Libyens, que le baudrier prend toute sa signification guerrière. Sa figuration dans les peintures égyptiennes tend à montrer qu'il pouvait avoir une signification encore plus importante: porté par les hommes, les femmes et même les enfants, il pouvait être considéré comme une sorte de" nous" collectif exprimant une véritable identité ethnique. Chez les Protoberbères, ce baudrier entre dans la compositionde scènes reproduisant un rituel lié au combat et à la chasse. Avec les Touaregs, le baudrier croisé entre également dansl'initiation des adolescents au combat comme le révèle la fête de la Sebiba de Djanet (Algérie). Ce sceau identitaire de la Berbérité, comme l'égide d'Athéna empruntée par les Grecs, auront donc traversé près de 7000 ans !

takouba et baudrier